Une arche qui ne sauve plus personne. Elle se souvient.

Sunken Noah est une expérience 3D navigable qui inverse la métaphore de l’Arche. Ici, le navire ne sauve pas les espèces, il les commémore. Quarante-six espèces menacées voyagent encore à bord des bateaux de surface. Trente espèces déjà disparues reposent dans l’Arche-mausolée, chacune accompagnée de son épitaphe et d’une œuvre générée. Le projet fait de la machine un témoin mémoriel : elle produit les images de ce qu’elle n’a jamais vu. Une pièce bilingue, construite en Three.js dans un fichier unique et portée par une bande-son originale.

BRIEF

L’Arche de Noé raconte un sauvetage. C’est un récit rassurant : on embarque, on traverse le déluge, on recommence. Le point de départ du projet est de retourner cette promesse. Que devient l’Arche quand le déluge est déjà passé, et qu’une partie du vivant n’est pas montée à bord ?

L’enjeu n’était pas de produire un énième compteur d’extinction. Les chiffres circulent et ne touchent plus. Il fallait construire un lieu où le visiteur ne consulte pas des données mais traverse une absence, où la disparition se mesure au silence plutôt qu’au décompte.

SOLUTION

L’expérience se déploie en deux couches que le visiteur navigue librement.

En surface, les bateaux. Quarante-six espèces menacées y naviguent, chacune portée par une embarcation et signalée par sa photographie. Un clic ouvre sa fiche : statut sur la liste rouge de l’UICN, population estimée, notice courte. Un indice de danger règle leur place dans la scène. Tant qu’elles sont là, elles flottent.

En profondeur, l’Arche-mausolée. Trente espèces déjà éteintes y reposent. Chacune a sa date de disparition, son épitaphe et son œuvre, générée par une machine qui n’a jamais vu l’animal qu’elle représente. C’est le cœur du propos : faute de témoin, on confie la mémoire à un système probabiliste, et l’image qui reste est une reconstitution.

Le son. Une piste originale a été produite avec l’ingénieur du son Sérénic Soulier, mêlant à la mélodie des chants de baleine. Au milieu d’un dispositif où les images sont calculées, c’est la seule trace réellement capturée du vivant : une voix animale, non reconstituée.

L’ensemble est bilingue (FR / EN), bascule entre un mode sombre et un mode clair, et se parcourt à la souris via une barre de contrôles : navigation, zoom, rotation automatique, son. Techniquement, la scène tourne en Three.js dans un fichier HTML unique, alimentée par des modèles GLB et un fichier species_data.json. Un agent Python synchronise les données avec la liste rouge de l’UICN et industrialise la génération des œuvres et des épitaphes.

RÉSULTAT

Une pièce navigable qui tient dans un seul fichier et se lit sans mode d’emploi : on descend, on trouve les morts, on remonte, on regarde ceux qui restent. Le trajet fait le propos.

Le mausolée est aujourd’hui peuplé de ses trente épitaphes, et sa collection d’œuvres se complète au fil des passes de génération. La suite porte sur l’enrichissement du bestiaire.

Contenu interactif chargé à la demande · Sunken Noah